5 mythes sur les crapauds Démêlons le vrai du faux
18 septembre 2026

Est-ce que toucher un crapaud donne des verrues ? Un crapaud est-il venimeux ? Pourquoi voit-on des crapauds près de l’eau s’ils vivent sur terre ?
Avec leur peau bosselée et leurs grosses glandes derrière les yeux, les crapauds ont hérité de quelques croyances tenaces. Pourtant, lorsqu’on s’intéresse réellement à ces amphibiens, on découvre des animaux beaucoup plus fascinants et utiles que leur réputation le laisse croire.
Dans cet article de blogue, l’équipe Éducazoo démystifie cinq croyances populaires sur les crapauds, explique leur rôle dans l’écosystème et vous présente le crapaud d’Amérique, le seul représentant de la famille des Bufonidés naturellement présent au Québec.
Mythe # 1 : toucher un crapaud donne des verrues
Faux. Les crapauds ne donnent pas de verrues. Les bosses que l’on voit sur la peau d’un crapaud ressemblent effectivement à des verrues, mais elles n’en sont pas. Chez l’humain, les véritables verrues sont généralement causées par certains papillomavirus humains, ou VPH. Elles ne peuvent donc pas apparaître simplement parce qu’on a touché la peau bosselée d'un crapaud.
Cette peau particulière est d'ailleurs l'une des caractéristiques qui permettent de reconnaître facilement le crapaud d'Amérique (Anaxyrus americanus). Sa peau est granuleuse et il possède derrière les yeux deux grosses glandes parotoïdes, dont nous reparlerons dans un instant.
Mythe # 2 : les crapauds sont venimeux
Pas exactement : le crapaud d'Amérique est plutôt vénéneux. Un animal venimeux possède un mécanisme lui permettant d'injecter son venin, par exemple des crochets ou un aiguillon. Un animal vénéneux, lui, produit une substance toxique qui peut affecter celui qui le mange ou qui entre en contact avec celle-ci, notamment par les muqueuses (yeux, nez, bouche particulièrement).
Au Québec, le crapaud d'Amérique est le seul véritable crapaud indigène. Lorsqu'il se sent menacé, ses glandes parotoïdes peuvent libérer des bufotoxines, des substances défensives qui le rendent particulièrement désagréable à manger pour un prédateur.
Le crapaud d'Amérique est-il dangereux pour l'humain ? Une manipulation normale ne signifie pas que vous serez empoisonné. Il faut toutefois éviter de porter ses mains aux yeux, au nez ou à la bouche après un contact, puisque les sécrétions peuvent irriter les muqueuses. On se lave donc les mains après avoir touché un amphibien. Pour les chiens, la situation mérite davantage d'attention. Un chien qui lèche, mord ou prend un crapaud d'Amérique dans sa gueule peut rapidement saliver abondamment, vomir ou montrer une irritation de la bouche. Le crapaud d'Amérique est beaucoup moins toxique que certaines espèces de crapauds présentes ailleurs dans le monde, mais une exposition chez un animal de compagnie mérite tout de même d'être prise au sérieux.
Mythe # 3 : les crapauds vivent dans l'eau
Pas lorsqu'ils sont adultes ! Les crapauds sont principalement terrestres. Le crapaud d'Amérique fréquente les forêts, les jardins, les champs et différents milieux terrestres. Il peut passer ses journées caché sous une souche, une pierre ou d'autres abris avant de devenir plus actif lorsque les conditions lui conviennent.
Alors, pourquoi les crapauds retournent-ils dans l'eau ? Parce qu'elle est essentielle à leur reproduction. Au printemps, les adultes rejoignent des étangs, des mares et d'autres milieux d'eau douce pour s'accoupler. La femelle dépose ses œufs dans l'eau, où se développeront ensuite les têtards. Ces têtards sont complètement aquatiques. Après plusieurs semaines, ils subissent une métamorphose : leurs pattes apparaissent, leur queue est progressivement résorbée et les petits crapauds quittent éventuellement l'eau pour commencer leur vie principalement terrestre.
Mythe # 4 : les crapauds sont sales et pleins de maladies
Leur apparence ne nous dit absolument rien sur leur niveau de « propreté ». Une peau humide, de la terre et quelques bosses ne rendent pas un crapaud sale. Il faut toutefois éviter l'autre extrême : comme d'autres amphibiens, un crapaud peut transporter certains microorganismes sans paraître malade. Les amphibiens peuvent notamment être porteurs de bactéries du genre Salmonella.
La règle est donc très simple : on observe les amphibiens sauvages sans les manipuler inutilement et, lorsqu'un contact est nécessaire, on adopte de bonnes mesures d'hygiène. Après avoir touché un amphibien, on se lave les mains avec de l'eau et du savon. C'est bon pour nous, mais limiter les manipulations est aussi préférable pour l'animal et sa peau délicate. Bref, ce n'est pas parce qu'il est couvert de bosses qu'il est sale. Il est simplement un peu moins attirant qu'un prince charmant.

Crapaud d'Amérique
Mythe # 5 : les crapauds sont inutiles
Celui-là, c’est un mythe qu’on peut vraiment oublier ! À quoi servent les crapauds dans la nature ? Le crapaud est à la fois prédateur et proie. Il consomme différents invertébrés, notamment des insectes et autres arthropodes, tandis qu'il peut lui-même servir de nourriture à certains oiseaux, serpents et mammifères. Il occupe donc plusieurs maillons de la chaîne alimentaire.
Retirer un maillon d'un écosystème peut avoir des répercussions sur plusieurs autres espèces. C'est justement l'un des concepts que nos naturalistes abordent dans notre thématique éducative Écosystème : plutôt que de demander si une espèce est « utile » pour l'humain, on cherche à comprendre les relations qui unissent les organismes d'un même milieu. Le petit crapaud caché sous une souche participe donc lui aussi à cet équilibre. Pas besoin d'être majestueux pour avoir sa place dans une chaîne alimentaire !
Alors, faut-il être dégoûté par les crapauds ?
Non. Les crapauds du Québec ne donnent pas de verrues, ne passent pas leur vie dans l'eau et ne sont certainement pas inutiles. Le crapaud d'Amérique possède effectivement des défenses chimiques qu'il faut respecter, mais celles-ci servent avant tout à décourager ses prédateurs.
La prochaine fois que vous croiserez un crapaud dans votre cour, observez-le plutôt que de le chasser. Derrière cette peau pleine de bosses se cache un amphibien qui joue son propre rôle dans la biodiversité québécoise. Et promis : aucune verrue ne devrait apparaître simplement parce que vous l'avez regardé de trop près.













