Histoires de pensionnaires 6 histoires qui racontent la réalité de nos sanctuaires animaliers
23 octobre 2026

Pourquoi des animaux exotiques se retrouvent-ils dans un sanctuaire ? Quels soins nécessitent-ils une fois recueillis ? Et pourquoi certains animaux exotiques ne peuvent-ils pas être relâchés dans la nature au Québec ?
Lorsqu’on pense à un refuge pour animaux exotiques, on imagine souvent des animaux abandonnés ou victimes de négligence. Pourtant, les raisons qui amènent un animal au sanctuaire sont beaucoup plus variées : incompatibilité entre congénères, perte d’intérêt du propriétaire, problème de santé imprévu ou même arrivée accidentelle au Canada !
Dans cet article de blogue, notre biologiste Roxanne Brunelle vous présente six histoires de pensionnaires du sanctuaire animalier Éducazoo. Certaines vous feront sourire, d’autres vous surprendront, mais toutes permettent de mieux comprendre les responsabilités qui accompagnent la garde d’animaux exotiques.
Bobby Blanco et Peace : deux dégus qui ne faisaient pas bon ménage
Les dégus du Chili sont des animaux grégaires, c’est-à-dire qu’ils ont naturellement besoin de contacts sociaux avec leurs congénères. Alors, suffit-il de placer deux dégus ensemble pour qu’ils deviennent amis ? Bobby Blanco et Peace vous diraient que ce n’est pas aussi simple !
Lorsque leur ancienne propriétaire a appris que les dégus avaient besoin de compagnie, elle a adopté Peace, un deuxième mâle, pour tenir compagnie à Bobby Blanco. Pendant environ un mois, les deux ont partagé une grande cage sans problème apparent. Puis, une violente altercation est survenue, au cours de laquelle Bobby a perdu une partie de sa queue.
C’est à la suite de cet événement que les deux dégus ont été confiés à Éducazoo. Peut-on faire cohabiter deux dégus mâles ? Oui, certains groupes de mâles peuvent vivre ensemble, mais leur compatibilité dépend notamment de leur tempérament, de la formation du groupe et des ressources disponibles dans l’habitat.
Aujourd’hui, la petite queue raccourcie de Bobby fait partie de son histoire. Il nous rappelle que même chez les animaux sociaux, choisir un colocataire demande certaines précautions !


Jackson : le serpent des blés qui a dû subir une chirurgie inhabituelle
Contrairement à plusieurs de nos pensionnaires, Jackson, un serpent des blés, est arrivé au sanctuaire en excellente condition physique. Il avait visiblement reçu de bons soins et rien ne laissait présager qu’il aurait un jour besoin d’une intervention vétérinaire importante. Pourtant, le 7 mai 2025, nos animaliers ont remarqué une anomalie plutôt inhabituelle.
Pourquoi les serpents mâles possèdent-ils deux organes reproducteurs ?
Chez les serpents, les mâles possèdent deux organes reproducteurs appelés hémipénis. Ceux-ci sont normalement rétractés à l’intérieur du corps, près de la base de la queue, et peuvent sortir lors de l’accouplement.
Au sanctuaire, nos serpents sont séparés selon leur sexe afin d’éviter les reproductions non désirées. Toutefois, cela n’empêche pas nécessairement certains comportements reproducteurs entre individus du même sexe.
C’est justement ce qui semble s’être produit avec Jackson. L’un de ses hémipénis est sorti et n’a pas réussi à reprendre sa position normale. Cette condition porte le nom de prolapsus hémipénal.
Une intervention vétérinaire devenue nécessaire
Notre équipe a rapidement communiqué avec les vétérinaires afin de tenter de réduire l’enflure et de replacer l’organe. Un bain frais et l’application de sucre ont notamment été essayés selon les recommandations reçues, mais sans succès.
Pourquoi fallait-il agir rapidement ? Lorsqu’un hémipénis demeure exposé, les tissus risquent de s’assécher, de s'infecter ou même de se nécroser, c’est-à-dire de mourir.
Le 10 mai, malgré les soins apportés, l’organe commençait à s’assécher. Jackson a donc été transporté au Centre hospitalier universitaire vétérinaire (CHUV), où les vétérinaires ont procédé à l’ablation de l’hémipénis atteint. Et si vous vous posez la question : oui, Jackson possède toujours son deuxième hémipénis !
Sept semaines de soins et de surveillance
La chirurgie s’est bien déroulée, mais le travail de nos animaliers était loin d’être terminé. Jackson a reçu des antidouleurs et des anti-inflammatoires pendant cinq jours. La région opérée devait également être lubrifiée plusieurs fois par jour, et son comportement, ses selles et sa cicatrisation étaient surveillés attentivement.
Il a aussi été placé en isolement pour favoriser sa guérison. Des photographies étaient régulièrement transmises à l’équipe vétérinaire afin de suivre son évolution.
Le 27 juin 2025, environ sept semaines après le début de cette mésaventure, Jackson était suffisamment rétabli pour retourner auprès de ses congénères.
Son histoire nous rappelle qu’un sanctuaire pour reptiles ne se limite pas à fournir de la nourriture et un habitat. L’observation quotidienne, la connaissance de l’anatomie des espèces et l’accès à des soins vétérinaires spécialisés sont tout aussi importants.
Axelle et Rose : quand l'intérêt pour un animal exotique disparaît
Avec leur drôle de sourire et leurs branchies qui ressemblent à de petites plumes, les axolotls ont rapidement gagné en popularité sur les réseaux sociaux. Mais derrière leur apparence attachante se cache un animal dont les besoins ne correspondent pas nécessairement aux attentes de tous les propriétaires.
En 2025, Axelle et Rose, deux axolotls, nous ont été confiées ensemble parce que leur propriétaire avait tout simplement perdu de l’intérêt pour elles. Peut-on manipuler un axolotl ? Contrairement à certains animaux domestiques, l’axolotl est principalement un animal d’observation. Sa peau délicate et son mode de vie aquatique font en sorte que les manipulations doivent être limitées au strict nécessaire.
L’axolotl possède pourtant des particularités fascinantes ! Il peut régénérer certains membres et tissus endommagés. Il conserve également des caractéristiques larvaires à l’âge adulte, un phénomène appelé néoténie.
Mais même lorsque la nouveauté est passée, ses besoins demeurent : entretien de l’aquarium, surveillance de la qualité et de la température de l’eau, alimentation adaptée et soins vétérinaires au besoin.
Combien de temps vit un axolotl ? Est-ce un bon animal de compagnie ? Avant d’en adopter un, il faut se demander si l’on sera toujours prêt à lui consacrer du temps dans cinq, dix ou même quinze ans.
Axelle et Rose nous rappellent qu’un animal peut perdre son attrait de nouveauté, mais que les responsabilités envers lui ne disparaissent jamais.


Les blattes poivrées et siffleuses : des pensionnaires qui nécessitent des permis particuliers
Saviez-vous que certaines blattes exotiques ne peuvent pas être gardées librement au Canada ? Au sanctuaire, nous comptons plusieurs dizaines de blattes poivrées et de blattes siffleuses. Malgré leur apparence inoffensive, leur garde est strictement encadrée.
Pour les héberger et les présenter dans nos activités éducatives avec les animaux, Éducazoo doit posséder des permis délivrés par l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA).
Pourquoi autant de précautions ? Parce que ces espèces sont considérées comme des phytoravageurs potentiels, c’est-à-dire des organismes qui pourraient causer des dommages aux végétaux s’ils étaient introduits dans un nouvel environnement.
Tous les deux ans, nos installations font l’objet d’une inspection afin de vérifier le respect des exigences liées à nos permis.
La possession de ces blattes sans les autorisations requises peut entraîner des sanctions. Leur histoire nous rappelle que l’adoption d'un animal exotique au Canada peut aussi être encadrée par des règles visant à protéger notre environnement.


Les petits voyageurs clandestins : des animaux arrivés au Québec malgré eux
Imaginez revenir de vacances, ouvrir votre valise et découvrir qu’un petit gecko a fait le voyage avec vous ! Chaque année, notre sanctuaire animalier au Québec accueille des animaux exotiques retrouvés dans les bagages de voyageurs, dans des centres jardins ou même parmi les fruits et légumes de nos épiceries.
Ces animaux peuvent avoir parcouru des milliers de kilomètres, parfois sans eau ni nourriture pendant plusieurs jours. Et contrairement à ce qu’on pourrait croire, il n’est pas possible de simplement les relâcher dans la nature québécoise.
Démétan, Rémi, Émile et Mini : quatre arrivées inattendues
Démétan est arrivé au Québec caché dans une plante provenant d’IKEA. Rémi, un petit gecko, a été découvert dans les bagages d’une famille qui revenait du Sud.
Émile, lui, a été retrouvé dans une plante achetée au Floralis Jouvence. Quant à Mini, une araignée sauteuse, elle a été découverte parmi les fruits d’une épicerie alors qu’elle portait des œufs.
Ces petits voyageurs n’ont pas été abandonnés volontairement. Ils se sont simplement retrouvés très loin de leur milieu naturel, sans possibilité de retourner facilement dans leur environnement d’origine.
Pourquoi ne peut-on pas relâcher un animal exotique dans la nature au Québec ? Parce qu’il pourrait ne pas survivre aux conditions climatiques, transporter des organismes pathogènes ou, dans certaines circonstances, perturber les espèces locales.
Au sanctuaire, ces animaux reçoivent donc les soins et les installations adaptés à leurs besoins.



Un sanctuaire animalier, bien plus qu'un refuge pour animaux abandonnés
Ces histoires illustrent différentes facettes de notre travail. Bobby Blanco et Peace nous rappellent que les besoins sociaux d’une espèce ne garantissent pas la compatibilité entre individus. Jackson montre l’importance des soins vétérinaires spécialisés, tandis qu’Axelle et Rose soulignent les responsabilités à long terme liées à l’adoption.
Nos blattes exotiques illustrent quant à elles les règles qui encadrent la garde de certaines espèces. Enfin, nos petits voyageurs clandestins rappellent qu’un animal peut avoir besoin d’un refuge sans avoir été abandonné par qui que ce soit.
Chez Éducazoo, notre mission de refuge pour animaux exotiques consiste à offrir à chaque pensionnaire un environnement adapté, des soins et une sécurité à long terme. Nos activités éducatives permettent également de faire découvrir ces espèces au public et de sensibiliser les visiteurs aux responsabilités liées à leur garde.
Car derrière chaque animal présenté par nos naturalistes se trouve une histoire qui mérite d’être racontée.













